Après quatre éditions consacrées aux rapports des classes populaires au politique, au monde du travail, à mai 1968, puis aux espérances politiques et aux expériences « utopiques », le festival abordera cette année la question de la transformation des modes de contrôle et de fichage de la population, ou encore de gestion policière des aspérités sociales, au regard des transformations contemporaines de l’économie et du travail mais aussi de l’Etat et de ses administrations.

Qu’il s’agisse de la prison, de l’action sociale, de l’immigration, du management dans les entreprises ou de la police, de nombreux travaux universitaires sont venus ces dernières années enrichir notre connaissance des mécanismes contemporains d’encadrement et de surveillance des citoyens. Mais au-delà de l’importance acquise par cette thématique dans le champ académique, il s’agit aussi et surtout d’une question d’actualité. L’émoi et les interrogations autour de « l’affaire Tarnac » ou concernant la gestion des ressources humaines à France Télécom, le débat autour d’Hadopi, les inquiétudes face aux effets pervers d’une gestion par trop comptable et autoritaire qui se sont exprimées à travers les récentes mobilisations autour de l’Hôpital, de l’Université ou du travail social, etc., sont autant d’indications de l’omniprésence de cette thématique dans les sphères militantes ou professionnelles comme, plus généralement, au sein du grand public.

Il ne s’agit nullement, pour autant, de succomber à un quelconque catastrophisme. L’objectif de cette nouvelle édition du festival est moins de conclure à la montée univoque et tous azimuts des répressions que d’analyser et de débattre des transformations contemporaines des modes de contrôle et de surveillance comme des différentes formes de résistances tant individuelles (par exemple, tel ou tel procès contre l’administration policière pour garde à vue injustifiée) que collectives (qu’il s’agisse des mobilisations évoquées ci-dessus ou, par exemple, de la récente pétition lancée par Mediapart pour refuser le «grand débat sur l'identité nationale» annoncé par le gouvernement).

D’un point de vue tout à la fois scientifique et citoyen, ces trois journées seront tout d’abord l’occasion d’analyser ces transformations dans des sphères variées de la vie sociale : dans le cadre de l’action sociale, face à la question de l’immigration, dans le champ de l’enfance, de la jeunesse et de l’école, dans celui du travail, dans le cadre des questions de criminalité et de police, enfin dans celui de la statistique publique.

Mais il s’agira aussi d’évoquer, dans un second temps, différentes postures de résistances, possibles ou effectives, que ces évolutions peuvent susciter.

Relativement aux précédentes, cette nouvelle édition aura aussi le grand intérêt d’ouvrir la réflexion à des dimensions plus comparatives et internationales. Nous bénéficierons, en effet, de la présence de plusieurs chercheurs ou créateurs étrangers : Loïc Wacquant, professeur de sociologie et d’anthropologie à la New School for Social Research et à l’université de Californie-Berkeley, Peter Watkins, réalisateur britannique, enfin, Manu Luksch, net-artiste et cinéaste viennoise.

A tous les niveaux qui viennent d’être évoqués, nous chercherons à associer le regard objectivant de la connaissance scientifique à celui, plus subjectif, du film et du documentaire de création pour ouvrir la réflexion et concourir à la confrontation raisonnée des expériences.

Forme de la manifestation

Pour la soirée d’ouverture, l’édition 2010 accueillera notamment Loïc Wacquant dont les ouvrages publiés en France constituent autant de références sur les questions de l’encadrement des classes populaires ou encore de la pénalisation et ont été diffusés bien au-delà de la seule sphère universitaire. Cette première journée du festival devrait de ce fait rencontrer d’emblée un large public.

Cette nouvelle édition sera également plus dense encore dans sa programmation que les éditions précédentes, toujours tournée vers le grand public à l’échelle locale mais aussi plus attractive pour des chercheurs, des réalisateurs ou un public d’amateurs accueillis dans la ville pour participer à l’ensemble de la manifestation. Comme l’année précédente, une partie du festival prendra la forme d’une journée et demie d’études de chercheurs en sciences sociales, ouverte à un public extérieur et donnant lieu à publication ultérieure. Les autres moments du festival seront résolument grand public et croiseront les regards des militants, des chercheurs et des documentaristes.

Programme

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